Exégèse de la sourate 107 Al Maoun (L’Ustensile)
﷽,﷽,
Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux le très Miséricordieux

Vois tu celui qui traite de mensonge la rétribution ? (1)
C’est bien lui qui repousse l’orphelin, (2)

et qui n’encourage pas à nourrir le pauvre. (3)

Malheur donc, à ceux qui prient, (4)

Tout en négligeant accomplir la prière à son heure, (5)

Qui sont pleins d’ostentation, (6)

En refusant d’apporter leurs aides à celui qui en a besoin. (7)
Exégèse de la sourate Al Maoun par Al Utaymin
« Vois-tu celui qui traite de mensonge la rétribution ? »
» Vois-tu ? » : le discours est-il adressé à l’envoyer ﷺ parce que c’est
sur lui qu’est descendue le Coran, ou est-il adressé à quiconque
concerné par ce discours ?
Le discours ici est plutôt général.
» dîn » c’est la Rétribution.
Ceux-là qui tiennent la Rétribution pour un
mensonge sont ceux qui nient la résurrection et disent : « Quoi ! Une fois morts, devenus os et poussière ; nous serions ressuscité, ainsi
que nos lointains ancêtres ? « Sourate XXXVII Verset 16-17.
Leurs représentant dit “ Qui donc redonnera vie aux ossements lorsqu’ ils ne seront plus que poussière ? ” Sourate XLII Verset 22.
C’est celui qui repousse brutalement l’orphelin et qui n’incite pas à nourrir le pauvre ”
il a établie le lien entre deux choses :
- La première : le manque de miséricorde à l’égard des orphelins alors qu’ils méritent plus que d’autre la pitié et la miséricorde. Ils ont perdu leurs pères avant qu’ils n’atteignent la puberté. Ce sont donc des jeunes qui ont le cœur affecté par cette perte et ont besoin de quelqu’un qui comble ce manque. Beaucoup de versets Coran et hadith-s parlent du mérite du bon traitement des orphelins. Mais ce genre de personne (repousse brutalement l’orphelin).
Le verbe « yadu« u » signifie repousser violemment, comme a dit le Très-Haut au sujet des gens de l’Enfer : (Ce Jour-là ils seront poussés brutalement dans le feu de la Géhenne -yawma yuda « ûna ilâ nâri jahannama da« â-) [At-Tur, 13]
367 Coran, XXXVII, 16-17.
368 Note du traducteur : l’auteur fait allusion à Ubayy b. Khalaf. Il avait brandi un jour un os blanchi devant le Prophète ﷺ et s’était écrié : « Prétends-tu, Muhammad, qu’Allah puisse faire revivre ceci ?» Après quoi avec un sourire dédaigneux, il écrasa l’os dans sa main et souffla sur les fragments en direction du visage du Prophète ﷺ, qui avait prononcé ces paroles : « Assurément, je le prétends : Il le ressuscitera, et toi aussi lorsque tu seras dans le même état : puis Il te fera entrer dans le feu » Allah a fait descendre, à son propos, le verset suivant et que l’auteur cite en partie : (Il nous a proposé un exemple en oubliant sa propre création et en disant : « Qui donc redonnera vie aux ossements lorsqu’ils ne seront plus que poussière ? »).
369 Coran, XLII, 22.
- La deuxième : il n’encourage pas les autres à être miséricordieux non plus ((et qui n’incite pas à nourrir le pauvre)). Le pauvre est celui qui a besoin de nourriture ; or, ce genre de personne n’incite pas à le nourrir parce que son cœur est dur, il est comme de la pierre, voire plus dur encore. Il n’a dans son cœur ni miséricorde envers les orphelins ni envers les pauvres.
- Puis Allah-Puissant et Majestueux- a dit : (Malheur à ceux qui priant … -fa waylun li-l-musallîn-)
(waylun) est une particule qui exprime la menace -c’est une particule qui se répète beaucoup dans le Coran- ; ce qui veut dire que la menace proférée contre ceux qui (sont distraits de leur prière -al-ladhîna hum an salâtihm sâhûn- ) est grave.
Ces gens-là, qu’ils prient avec le groupe de fidèles ou prient seuls, sont distraits de leur prière, ils la retardent aussi par rapport à son meilleur temps[1]. Ils ne l’acquittent pas comme il faut ; ils n’accomplissent pas comme il faut l’inclination, ni la prosternation, ni la position debout, ni la position assise et ils ne récitent pas complètement ce qui doit y être récité, qu’il s’agisse de la récitation du Coran ou de la récitation du dhikr. Quand l’un d’eux entre en prière, son cœur se met à se promener à droite et à gauche, il est distrait de sa prière. Ceux qui sont ainsi encourent certes le blâme d’Allah.
Il faut toutefois faire la différence entre « sahw ` ani-s-salah » et « sahw fi-s-salah ». Le premier est celui désigné par le verset ci-dessus [c’est-à-dire le fait d’être distrait de la prière, de la négliger volontairement, de la retarder volontairement de son temps]. Quant au deuxième cas (« sahw fi-s–salah »), le « sahw » ici signifie l’oubli, c’est-à-dire le fait de commettre un oubli dans la prière, en oubliant par exemple le nombre de rak’a-s qu’on a effectuées ou un élément qui constitue un devoir d’obligation stricte ou un autre élément de la prière, cet oubli n’est pas blâmable.
L’Envoyé d’Allah ﷺ a été lui-même victime d’oubli dans sa prière alors que personne ne se recueille dans sa prière mieux que lui. Il a lui-même dit : « La prunelle de mes yeux c’est la prière »[2] et pourtant il lui est arrivé de faire un oubli dans sa prière. Donc « sahw fi-sh-shay’» signifie oublier quelque chose d’une manière qui n’est pas reprochable. Font également partie de ceux qui sont distraits de leur prière « sâhûn ` an salâtihim » ceux qui négligent de célébrer la prière en commun.
- (ceux qui font preuve d’ostentation): ceux-là, quand ils un acte d’obéissance, visent la flatterie des gens et les honneurs au sein de la société. Leur but n’est pas de se rapprocher d’Allah-Puissant et Majestueux-. Ceux-là donnent l’aumône pour que les gens disent d’eux : « Comme ils sont généreux ! ». Ils accomplissent la prière de manière parfaite pour que les gens disent : « Que leur prière est parfaite ! » et pour les louer et les qualifier de vrais adorateurs d’Allah. Cette attitude relève de l’hypocrisie et on la constate fréquemment chez les hypocrites, comme a dit le Très-Haut : (Lorsqu’ils se lèvent pour la prière ils se lèvent paresseusement [car ils ne la font par piété mais] pour faire montre [de leur « foi »] aux gens ; et ils n’invoquent Allah que très peu) [An-Nissâ’, 142].
Médite sur la description qu’Allah leur a donnée dans ce verset : (Lorsqu’ils se lèvent pour la prière ils se lèvent paresseusement), ce qui veut dire qu’ils sont distraits de leur prière et ils font preuve d’ostentation.
Question : celui qui cherche à ce que les autres l’entendent pour la montrer est-il dans le même cas que ceux-là ? Autrement dit : fait-il partie de ceux qui font preuve d’ostentation celui qui récite le Coran à voix audible, en prononçant les mots de manière parfaite et en embellissant sa voix, pour que les gens disent : « Quel bon récitateur ! » ?
La réponse est oui, comme le prouve ce hadith : « Celui qui dit de belles paroles pour les faire entendre aux autres, Allah leur fera entendre sa vraie nature. Celui qui se fait voir [par ostentation], Allah fera voir [aux gens] sa vraie nature »[3] Cela signifie que celui qui dit de belles paroles pour les faire entendre aux gens et se faire voir par eux, Allah le dénoncera au milieu des gens et montrera qu’il n’est pas sincère et qu’il voulait que les gens l’entendent parler et le voient pour le couvrir d’éloges. Son cas sera dévoilé à court terme ou à long terme.
- (et refusent l’ustensile [à celui qui en a besoin]): ils refusent de donner les ustensiles. Quand quelqu’un leur demande de lui prêter un ustensile comme le seau, des verres, une lampe électrique, ou des choses de ce genre, ils refusent de les lui prêter.
On distingue deux cas concernant le refus de l’ustensile : il y a le cas où l’homme endosse le péché et le cas où il n’endosse pas le péché mais il laisse échapper un grand bien. Quand la situation exige de l’homme de donner l’ustensile et de fournir de l’aide et qu’il ne le fait pas, il est fautif. Quand la situation ne l’exige pas, l’homme qui refuse de le faire n’encourt pas le péché mais laisse échapper une bonne occasion d’obtenir une grande récompense divine.
Si par exemple un homme qui a très soif se présente devant nous et nous demande de l’eau, lui donner à boire est une obligation, lui refuser « l’ustensile » –ma ` an– est un péché. Certains savants sont allés jusqu’à dire que si cet homme meurt, celui qui a refusé de lui donner de l’eau doit payer sa rançon –diya-, parce qu’il est en quelque sorte responsable de sa mort.
Il incombe donc à l’homme de regarder son âme et de voir s’il porte ces mauvaises qualités ou non. S’il voit qu’il retarde la prière par rapport à son heure, qu’il la néglige et qu’il refuse l’aide à ceux qui le lui demandent, qu’il se repente et fasse acte de contrition devant Allah, sinon qu’il s’attende à être parmi ceux qu’Allah a menacés des peines de –wayl-. S’il est exempt de ces qualités, qu’il se réjouisse du bienfait d’Allah sur lui.
Ce qui est visé par le Coran sublime ce n’est pas seulement de le réciter afin de se rapprocher d’Allah, mais surtout de se modeler sur ses préceptes. Le comportement du Prophète ﷺ, a dit ‘Â’isha رضي الله عنها, était une copie conforme du Coran[4]. Les vertus dont il se paraît, il les prenait du Coran.
Qu’Allah nous assiste dans ce qui est bien dans ce monde et dans l’au-Delà, car Il est Omnipotent.
[1] Note du traducteur : Il y a deux délais dans la prière ; le « délai de libre choix » et le « délai de nécessité ».
[2] Hadith rapporté par an-Nasâ’î (n° 3939), al Hakim dans « al mustadrak » (2/174) (n° 2676), al Bayhaqî dans (as-sunan al kubrâ » (5/280) (n° 8887), at Tabarâni dans « al awsat » (6/54) (n° 5772), tous l’ont rapporté sur l’autorité de Anas. Dans son ouvrage « al fath », al Hâfiz a qualifié sa chaîne d’authentique.
[3] Hadith authentique, rapporté par al Bukhârî (hadith n° 6499) et Muslim (nº 2987), d’après Jundub b. ` abd Allah al Bajalî رضي الله عنه.
[4] Hadith rapporté par Ahmad dans son musnad (n° 24080).
