Exégèse de la sourate 104 Al Humazah (Les calomniateurs)

﷽,﷽,

Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux le très Miséricordieux


1. Malheur à tout calomniateur diffamateur,

2. qui amasse une fortune et la compte,

3. pensant que sa fortune l’immortalisera.

4. Mais non! Il sera certes, jeté dans la Hutamah .

5. Et qui te dira ce qu’est la Hutamah?

6. Le Feu attisé d’Allah

7. qui monte jusqu’aux coeurs.

8. Il se refermera sur eux,

9. en colonnes (de flammes) étendues.

Exégèse de la sourate Al Humazah par Al Uthaymin

L’Auteur des Mimiques Hostiles –

Sourate mecquoise, descendue après « La Résurrection » Elle compte neuf versets

( بسم الله الرحمن الرحيم )
ويل لكل همزة لمزة (1) الذي جمع مالا وعددة {2} يحسب أن ماله أخلده {3} كلا لينبذن في الحطمة {4} وما أدراك ما الحطمة {5} نار الله الموقدة {6} التي تطلع على الأفئدة {7} إنها عليهم مؤصدة {8} في عمد ممددة {9}

Au nom d’Allah le Tout-Miséricordieux le Très-Miséricordieux

1. Malheur à tout auteur de mimiques hostiles, détracteur
2. Qui amasse des biens qu’il compte et recompte.
3. S’imagine-t-il que ses biens le rendront éternel ?
4. Oh que non ! c’est dans la Hutamah qu’il sera rejeté
5. Qu’est-ce qui peut te faire comprendre ce qu’est la Hutamah ?
6. C’est le feu incandescent d’Allah
7. qui pénètre jusqu’aux cœurs
8. et qui sur eux se referme
9. en gigantesques colonnes.

La basmalah a été déjà expliquée.

  • (Malheur à tout auteur de mimiques hostiles, détracteur -waylun li kulli humazatin lumazah-) :

Allah a commencé dans cette sourate par le mot (waylun). C’est un mot qui exprime une menace, que celui qui porte ces mauvaises qualités est menacé [des peines de l’Enfer]. Certains commentateurs ont dit que (wayl) est le nom d’un fleuve en Enfer, mais c’est la première explication qui est la plus pertinente. 

La particule (kull) exprime la généralité -`umûm-. 

(humaza[h]) et (lumazah) sont deux attributs d’un même sujet, mais est-ce qu’ils ont un même sens ou chacun a-t-il un sens différent ?

Certains savants ont dit que ces deux termes ont le même sens. D’autres ont dit que chaque terme a un sens différent de l’autre. Et là, il y a une règle vers laquelle je veux attirer l’attention [du lecteur], que ce soit dans le domaine de l’exégèse ou ailleurs, c’est que quand on est en présence de deux possibilités -selon la première les deux termes ont un sens commun, selon la deuxième chaque terme a son sens propre- on doit choisir la deuxième possibilité pour éviter la répétition.

A méditer sur ce verset, on constate qu’il y a une différence entre ces deux termes ((humaza[h]) et (lumazah)).

Le terme « humazah » vient du nom verbal « hamz » qui est le fait de se moquer des gens et de les dénigrer par des actes, soit en changeant les expressions du visage ou en effectuant des gestes. Le Très-Haut a dit : (Ne cède à nul prêteur de serments, à nul vilain, aux mimiques hostiles-hammâzin-, coureur de médisance).[al-Qalam, 10-11] « lumazah » est un nom qui vient du nom verbal « lamz » qui est le fait de dénigrer les gens par la parole.

Le terme « hamz» est relatif à l’acte, alors que le « lamz » est relatif à la parole ; Allah le Très-Haut a dit : (Il en est encore parmi eux qui te dénigrent -yalmizûnaka- dans la façon dont tu répartis des dons : leur en donneras-tu ? Les voilà satisfaits ! Mais s’ils n’en reçoivent rien, les voilà courroucés). [At-Tawba, 58]

 

  • (al-ladhî jama‘a mâlan (qui amasse des biens)) : voici une autre mauvaise qualité de cet homme. Il accumule les biens et en est avare.

Sa parole : (wa ‘addadah) signifie qu’il multiplie les biens qu’il amasse.

Certains commentateurs ont dit que (‘addadah) signifie qu’il compte et recompte l’argent qu’il a amassé plusieurs fois dans la journée. Il sait qu’il n’a rien pris de cet argent et n’y a rien ajouté, mais il aime tellement l’argent qu’il vérifie chaque fois son compte pour s’assurer que rien n’a diminué. C’est pour cela qu’Allah a exprimé le verbe « ‘adda» (compter) dans sa forme intensive «‘addada» (d’où notre traduction (compte et recompte)).

D’autres commentateurs ont dit que (‘addadah) signifie qu’il a fait de l’argent qu’il a amassé une « ‘uddah » pour lui, c’est-à-dire qu’il l’a gardé pour les jours mauvais. Quoique ce terme offre cette possibilité, il est loin du contexte, parce que mettre de l’agent de côté pour les jours mauvais tout en en prélevant ce qu’Allah a ordonné de prélever pour payer la zakât et les autres droits, n’est pas une chose blâmable, ce qui est blâmable c’est le fait que l’argent soit le seul souci de l’homme, il le compte et le recompte plusieurs fois.

  • (S’imagine-t-il que ses biens le rendront éternel ?) =« Pense-t-il que ces biens immortaliseront sa renommée ou prolongeront sa vie ? ». En vérité, l’âge de l’homme n’est pas ce qu’il lui reste à vivre dans ce bas-monde, mais son vrai âge dépend de ce qui rend son souvenir dans les mémoires 

La forme interrogative dans ce verset est prise dans le sens de la négation, que la chose n’est pas comme il le pense. Il est vrai que ceux qui possèdent d’énormes sommes d’argent, alors qu’ils ne sont pas généreux, seront immortalisés, mais dans le mauvais sens, on les citera comme exemple à chaque fois qu’on voudra parler de l’avarice et on les critiquera partout et en tous temps.

  • (Oh que non ! c’est dans la Hutamah qu’il sera rejeté -kallâ la yunbadhanna fi-l-hutamah-) :

La particule « kallâ », disent les savants, est une particule qui introduit la dissuasion, qu’il s’agit dans ce verset d’une dissuasion et d’une menace adressée à celui qui s’imagine une chose pareille.

Il se peut aussi que « kallâ » signifie « vraiment », c’est-à-dire qu’il sera vraiment rejeté dans la Hutamah. Les deux sens sont justes, Ce genre d’homme, ses biens ne le rendront pas éternel et ne l’immortaliseront pas non plus, mais il sera oublié, bien pis, ceux qui se rappelleront de lui ne diront de lui que du mal, parce qu’il ne s’était pas acquitté du droit d’Allah sur ses biens et en était avare.

Dans Sa parole : (c’est dans la Hutamah qu’il sera rejeté la yunbadhanna fi-l-hutamah-) la particule « la » débute la réponse à un serment sous-entendu. En l’exprimant, la phrase serait : Par Allah, il sera certes rejeté dans la Hutamah. Ce qui fait que cette phrase est intensifiée par trois intensifs : l’affixe « la », le suffixe « nna » et le serment sous-entendu. Cette forme est fréquente dans le Coran. Et quand Allah jure par une chose, c’est qu’Il veut montrer son importance.

Or, qu’est-ce qui sera rejeté dans la Hutamah, est-ce l’argent ou le propriétaire de l’argent ? Les deux seront rejetés.

A propos du propriétaire de l’argent, Allah a dit : (Ce Jour-là ils seront poussés brutalement dans le feu de la Géhenne) [At-Tur, 13] . Ici Il a dit : (c’est dans la Hutamah qu’il sera rejeté-la yunbadhanna fi-l hutamah-), celle-ci est appelée ainsi parce qu’elle écrase « tahtumu » tout ce qui tombe dedans.

  • (Qu’est-ce qui peut te faire comprendre ce qu’est la Hutamah ?) : cette phrase est exprimée de cette façon pour montrer l’importance de la chose (la Hutamah).

 

  • (C’est le feu incandescent d’Allah) : cette phrase est la réponse à la question dans le verset précédent. Allah a attribué ce feu à Lui-même parce qu’Il châtiera par lui quiconque mérite le châtiment. Cette punition est appliquée après un jugement juste et non pas injustement.

Allah brûlera par ce feu ceux qui méritent le châtiment. Le fait qu’Il châtie les non-croyants par le feu est sans doute une justice de Sa part, et Il est loué d’avoir traité ceux-là comme ils le méritent.

Médite comment (Hutamah) rime avec (humazah) et (lumazah). Ils sont construits sur le même schème. Ce qui prouve que la récompense est conforme à l’acte même dans la prononciation.

  • (qui pénètre jusqu’aux cœurs) : Bien que ces cœurs soient cachés dans les poitrines et séparés de la peau par plusieurs couches, ce feu arrive jusqu’à eux, tellement il est ardent.

 

  • (et qui sur eux se referme-innahâ ‘alayhim mu’sadah-) : (et qui sur eux-innahâ ‘alayhim-) : il s’agit de la Hutamah, le feu incandescent d’Allah qui brûle le détracteur aux mimiques hostiles, qui amasse les biens et qui en est avare. 

Le pronom (eux-him-) est au pluriel alors que le sujet auquel il renvoie est au singulier (auteur de mimiques hostiles-humazah-). Ainsi, eu égard au sens, le feu se referme sur tous ceux qui font des mimiques hostiles et tous les détracteurs, (Chaque fois qu’ils voudront en sortir, ils y seront ramenés) [As-Sajda, 20]. Ils seront conduits aux portes de l’Enfer et quand ils penseront qu’elles leur seront ouvertes pour finalement le quitter et se sauver, ils seront ramenés au feu, pour qu’ils souffrent physiquement et moralement. Le châtiment de l’Enfer est cité en détail dans le Coran et la Sunna.

  • (en gigantesques colonnes) : ce feu les emprisonne dans d’immenses colonnes qui les entourent de tous les côtés. Personne ne peut les ouvrir pour fuir. 

Allah-exalté est-Il- n’a pas fait descendre cette sourate dans le seul but de la réciter et de chercher à comprendre ses significations, mais Il voulait que nous évitions ces mauvaises qualités, à savoir dénigrer les gens par la parole, les dénigrer par les gestes, être avide d’argent au point d’avoir l’impression de n’être créé que pour l’argent et qu’il rend éternel.

Il voulait aussi que nous sachions que celui qui est dans un état pareil. Sa récompense sera le feu qu’ll a décrit dans cette sourate : la Hutamah qui pénètre jusqu’à son cœur et qui se referme sur lui dans d’immenses colonnes.

Nous implorons Allah le Très-Haut de nous en protéger et d’inspirer en nous la consécration dans la parole et dans l’acte, ainsi que la volonté de persévérer dans l’observation de Sa religion.