Exégèse de la sourate 111 Al Masad (Les fibres)

Sourate révélée à Médine

﷽,﷽,

Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux le très Miséricordieux


1. Que périssent les deux mains d’Abu-Lahab et que lui-même périsse.

2. Sa fortune ne lui sert à rien, ni ce qu’il a acquis.

3. Il sera brûlé dans un Feu plein de flammes.

4. de même sa femme, la porteuse de bois ,

5. à son cou, une corde de fibres.

Exégèse de la sourate Al Masad par al Utaymin

سورة المَّسد

مكية وآياتها 5 ترلت بعد الفائحة

– La Fibre –

 

Sourate mecquoise, descendue après « L’Ouverture». Elle compte cinq versets

 

( بسم الله الرحمن الرحيم )

تبت يدا أبي لهب وتب (1) ما أغنى عنه ماله وما كسب{2} سيصلى ناراً ذات لهب {3} وامرأته حمالة الحطب {4} في جيدها حبل من مسد)

Au nom d’Allah le Tour-Miséricordieux le Très-Miséricordieux

 

1. Périssent les deux mains d’Abû Lahab ! qu’il périsse lui-même !

2. Son bien ne lui a servi en rien, pas plus que ce qu’il a acquis

3. Il sera brûlé dans un feu plein de flammes

4. Et son épouse, la porteuse de bois

5. Le cou entouré d’une corde de fibre.

 

Transcription :

 

bismi-l-lâhi-r-rahmani-r-rahîm

 

1. tabbat yadâ abî lahabin wa tabb

2. mâ aghnâ ‘anhu mâluhû wa mâ kasab

3. sa yasla nâran dhâta lahab

4. wa-mra’atuhû hammâlata-l-hatab

5. fî jîdiha hablun min masad

 

 

La basmalah a été déjà expliquée.

 

Dans ce Coran, il y a de nombreuses preuves évidentes de l’authenticité de la prophétie de Muhammad ﷺ. Il n’a jamais cherché

 

– par sa mission la royauté ni un titre d’honneur. Dans leur position vis-à-vis de lui et de son Seigneur, ses oncles se sont divisés en trois :

– Parmi ses oncles, il en est qui crurent en lui, qui combattirent à ses côtés et qui se soumirent à Allah Seigneur des univers.

– Il en est que l’assista et le soutint tout en restant non-croyant.

-Il en est qui s’est opposa à lui et s’est obstina dans son impiété.

 

Dans la première catégorie figurent al ` Abhás b. ‘abd al Muttalib et Hamza b. ` abd al Muttalib, quoique le deuxième soit meilleur que le premier. Hamza est le meilleur martyr au regard d’Allah -Puissant et Majestueux-. Il est tombé martyr dans la bataille d’Uhud, la deuxième année de l’hégire. Le Prophète ﷺ l’a qualifié de lion d’Allah et de Son Envoyé.

 

Celui qui l’a assisté et soutenu tout en restant non-croyant est Abû Tâlib. Il lui a accordé une protection inviolable et l’a défendu vaillamment, mais il n’a pas embrassé l’Islam. Dans les derniers moments de sa vie. Le Prophète ﷺ ne cessa de lui proposer d’embrasser la foi, mais il refusa et ses dernières paroles furent : « Dans la confession de ‘Abd al Muttalib ». Grâce à l’intercession du Prophète ﷺ en sa faveur, Allah a allégé son châtiment en le mettant dans une mare de feu lui arrivant aux chevilles qui fait bouillir son cerveau.

 

Celui qui s’est opposé à lui est Abû Lahab. Allah a fait descendre à son sujet une sourate entière qu’on récite dans les prières obligatoires et les prières surérogatoires, en secret et en public, celui qui la récite est récompensé pour sa récitation, chaque lettre récitée de cette sourate vaut dix bonnes actions.

 

· Dans cette sourate, Allah Puissant et Majestueux a dit : (Périssent les deux mains d’Abû Lahab ! qu’il périsse lui-même !) Ces paroles sont une réplique adressée à Abû Lahab. Un jour le Prophète ﷺ a réuni les Mecquois pour les appeler à Allah pour annoncer la bonne nouvelle [de la victoire dans ce monde et de l’obtention de la récompense dans l’autre par l’accès aux états paradisiaques] à ceux qui le suivent et avertir ceux qui lui désobéissent de

[l’opprobre et de l’humiliation en ce monde et du châtiment avilissant dans l’autre].

 

 

Sur ce, Abû Lahab intervint et dit : « Puisses-tu périr Tu ne nous as réunis que pour cela ». Il a voulu par là le mépriser et faire

 

 

comprendre aux gens de ne pas donner de l’importance à ses dires et que cela ne méritait pas toute une assemblée des chefs de Quraysh. Il ne cherchait en fait qu’à le rabaisser à l’instar de ses semblables qui cherchaient à rabaisser le Prophète qu’on leur avait envoyé en disant (Est-ce celui-ci qui médit de nos dieux ?)394 et à l’instar de ses compatriotes les non-croyants qui disaient : (Si seulement ce Coran avait été révélé à quelque notable de l’une ou de l’autre des deux cités).395

 

Allah, comme on vient de le dire, a répliqué à Abû Lahab par cette sourate. Il a dit : (Périssent les deux mains d’Abû Lahab ! qu’il périsse lui-même !-tabbat yada abi lahabin wa tabb-)

· (tabbat) vient du nom « tabâb » qui signifie la destruction -khasâr-, comme a dit le Très-Haut : (Le stratagème de Pharaon n’était que destruction -tabâb-)396.

Allah a commencé dans ce verset par ses mains avant son corps parce que les mains sont les organes de l’action, de la préhension, du don etc.

 

Ce surnom « Abû Lahab (le père des flammes) » lui convient très bien parce qu’il brûlera dans un feu aux flammes incandescentes. Ainsi lors du pacte d’al Hudaybiyya, quand l’Envoyé ﷺ a vu Suhayl b.

` Amr رضي الله عنه engager des pourparlers, il dit : « Voilà Suhayl b. ‘Amr397, votre affaire est devenue facile -sahula lakum min amrikum- (Suhayl évoque la facilité) ».398

 

· (Son bien ne lui a servi à rien -mâ aghnâ ‘anhu mâluhû-) :

Il est possible qu’ici la particule « mâ » soit interrogative et donc le sens sera : A quoi lui a servi son bien ? », question dont la réponse n’est de toute évidence rien. Il est aussi possible qu’elle soit négative et donc la phrase sera : « Son bien ne lui a servi à rien », Les deux explications sont pertinentes et elles convergent vers un seul sens, c’est qu’en rien ne lui a servi son bien, alors que d’habitude le bien est utile dans beaucoup de choses. Si par exemple un homme est

 

 

394Coran. XXI, 36

395Coran, XLIII, 31.

Note du traducteur : Les deux cités : La Mecque et at-Ta`if.les des personnages sont al Walîd b. al Mughîrah et ` Urwah b. Mas ` ûd

396Coran, XL, 37.

397Note du traducteur Le nom « suhayl » est un diminutif de « sahl » qui signifie « facilité ».

398Hadith authentique, rapporté par al Bukhârî (n° 2734), d’après al Miswar b. Makhramah رضي الله عنه

 

 

 

pris en otage par des ravisseurs, il peut racheter sa liberté en leur versant une somme d’argent. S’il tombe malade, il prendra de ses biens de quoi payer ses soins. L’argent est certes utile mais il n’est considéré vraiment utile que s’il sauve son possesseur de l’Enfer. Donc pour compléter le sens, on dira : « Son bien ne lui a servi en rien devant Allah ».

 

(pas plus que ce qu’il a acquis) : Certains commentateurs ont dit qu’il s’agit des enfants. C’est comme si Allah disait : « Son bien ne lui servi à rien, pas plus que ses enfants », comme a dit Noé : (Seigneur, ils m’ont désobéi et n’ont suivi que ceux dont les biens et les enfants ont conduit davantage à leur perte)399. Ils ont appuyé leur explication par la parole du Prophète ﷺ : suivante : « Les choses les plus bonnes [au regard d’Allah] que vous avez consommées sont celles que vous avez acquises, et vos enfants font partie de vos acquis »400.

 

Or il est pertinent de dire que la portée de ce verset est plus générale que cela et que le verset concerne les enfants et les biens acquis, il concerne également ce qu’il a acquis comme dignité et gloire. Tout cela ne lui a servi à rien.

 

· (Il sera brûlé dans un feu plein de flammes -sa yaslâ nâran dhâta lahab-)

La particule (sa) dans (sa yaslâ) signifie que la chose dont il est question dans la phrase va réellement arriver dans un avenir proche, Allah le Très-Haut lui a promis qu’il sera brûlé dans un feu plein de flammes très prochainement. En effet quoique la vie d’ici-bas puisse paraitre longue, ses délices sont éphémères et le Jour dernier est proche.

 

Même dans le monde des limbes-barzakh- (monde qui va de la mort à la résurrection), les longues années qui séparent les gens du Jour dernier leur paraîtront comme si c’était une heure de la journée : (Le jour où ils verront ce qui leur avait été promis, il leur semblera n’être demeurés qu’une heure de la journée ! Voilà un message suffisamment explicite ! Et qui donc sera anéanti en dehors des peuples des pervers ?).401

 

 

399 Coran, LXXI, 21.

400Hadith rapporté par at-Tirmidhi (n° 1358), Ibn Mâja (n° 2290), d’apès `A `isha رضي الله عنها

401Coran, XLVI, 35.

 

 

 

 

 

· (et son épouse, la porteuse de bois -wa-mra’atahû hammâlata l-hatab-)

 

Son épouse sera avec lui [dans le feu]. C’est une femme qui jouit d’une grande noblesse héréditaire parmi les Quraysh, mais sa noblesse ne lui a servi à rien, parce qu’elle s’est associée avec son époux dans son hostilité contre le Prophète ﷺ et son impiété.

 

Il y a deux lectures possibles de ce verset :

 

– (hammâlata-l-hatab )avec la voyelle « a » -nasb- selon cette lecture, hammâlata est un nom verbal modalisant-hâl, mais il peut être considéré comme un attribut parce qu’il est permis d’affecter la terminaison de l’attribut par la voyelle « a » -nasb- quand c’est dans le but de maudire le sujet.

 

– (hammâlatu-l-hatab) avec la voyelle « u » -raf` : selon cette lecture « hammâlatu » est un -sifah-. (hammâlatu) est une forme intensive (à la base «hâmilatu), ce qui veut dire qu’elle porte fréquemment le bois.

 

D’après certaines données traditionnelles, elle avait coutume de semer sur le chemin du Prophèteﷺ des buissons épineux dans l’espoir qu’il se blesse.

 

· (le cou entouré d’une corde de fibre -fi jîdihâ hablun min masad-) :

Elle mettait autour de son cou une corde de fibre parce qu’elle s’en servait, quand elle sortait dans le désert, pour attacher les buissons épineux, attitude qui n’est pas digne des femmes nobles de Quraysh, mais elle était prête à sacrifier son honneur pour nuire au Prophète ﷺ.

 

Ainsi se termine ce bref commentaire qu’Allah nous a facilité de faire sur cette sourate.