Exégèse de la sourate 100 Al Adiyat (Les coursiers)

Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux le très Miséricordieux


1. Par les coursiers qui halètent,

2. qui font jaillir des étincelles,

3. qui attaquent au matin.

4. Et font ainsi voler la poussière,

5. et pénètrent au centre de la troupe ennemie.

6. L’homme est, certes, ingrat envers son Seigneur ;

7. et pourtant, il est certes, témoin de cela ;

8. et pour l’amour des richesses il est certes ardent.

9. Ne sait – il donc pas que lorsque ce qui est dans les tombes sera bouleversé,

10. et que sera dévoilé ce qui est dans les poitrines,

11. ce jour-là, certes, leur Seigneur sera Parfaitement Connaisseur d’eux ?

Exégèse de la sourate Al Adyat par Al Uthaymin

سورة العاديات

 

مكية وأياتها 11 نزلت بعد العصر

 

– Les Coursiers –

 

Sourate mecquoise, descendue après « Le Temps ». Elle compte onze versets

 

( بسم الله الرحمن الرحيم )

 

( والعاديات ضبحاً {1) فالموريات قدحاً {2} فالمغيرات صبحاً {3} فأثرن به نقعاً (4) فوسطن به جمعاً {5} إن الإنسان لربه لكنود {6} وإنه على ذلك لشهيد {7} وإنه لحب الخير لشديد {8} أفلا يعلم إذا بعثر ما في القبور {9} وحصل ما في الصدور {10} إن ربهم بهم يومئذ لخبير

 

Au nom d’Allah le Tout-Miséricordieux le Très-Miséricordieux

 

1. Par les coursiers haletants

2. qui font jaillir des étincelles

3. qui attaquent au [petit] matin

4. dans un soulèvement de poussière

5. et pénètrent au cœur de la mêlée

6. par tout cela [Je jure que] l’homme est ingrat envers son Seigneur

7. De cela, il est certes témoin

8. et pour l’amour des richesses il est certes ardent 9. ne sait-il donc pas que lorsque ce qui est dans les tombes sera bouleversé

10. et que ce sera dévoilé ce qui est dans les poitrines

11. leur Seigneur en ce Jour aura parfaitement connaissance d’eux.

 

Transcription :

 

bismi-l-lâhi-r-rahmâni-r-rahim

 

 

1. wa-l-‘adiyâti dabhâ

2. fa-l-mûriyâti qadhâ

3. fa-l-mughîrati subhâ

4. fa atharna bihî naq‘a

5. fa wasatna bihî jam‘â

6. inna-l-’insâna li rabbihi la kanûd

7. wa innahû ‘alâ dhâlika la shahîd

8. wa innahû li hubbi-l-khayri la shadîd

9. afalâ ya ‘lamu idhâ bu ‘thira mâ fi-l-qubûr

10. wa hussila mâ fi-s-sudûr

11. inna rabbahum bihim yawma’idhin la khabîr

 

La basmalah a été déjà expliquée.

 

· (Par les coursiers haletants -wa-l-‘âdiyâti dabhâ-) : Il s’agit là d’un serment -qasam-. ([al] ‘âdiyât) est un attribut d’un sujet sous-entendu. Mais l’être auquel est attribué le prédicat « ‘âdiyât » désigne-t-il les chevaux [et donc la phrase serait exprimée ainsi] : « wa-l-khayli-l-‘adiyât (par les chevaux galopants) », ou désigne-t-il les chameaux : wa-l-’ibili-1 ‘adiyât (par les chameaux galopants) » ?

 

La réponse partage les commentateurs du Coran en deux :

 

– Un groupe de commentateurs a dit qu’il s’agit des chameaux, et que l’on entend par là les chameaux qui déferlent de « ‘Arafa à Muzdalifa puis de Muzdalifa à Mina lors de l’accomplissement des rites du pèlerinage. La preuve dont ont argué ces commentateurs pour appuyer cet avis est que cette sourate a été révélée à la Mecque et qu’à cette époque le djihad qui nécessite les chevaux n’a pas encore été institué pour qu’on puisse dire qu’Allah a juré par ces derniers.

 

– Le deuxième avis est celui de la majorité des commentateurs et il est le plus pertinent. En effet, le sujet auquel est attribué le prédicat «‘adiyât » désigne les chevaux, car les chevaux galopants sont une scène que les Arabes avaient l’habitude de voir avant la prescription du djihad. Avant l’Islam, on faisait galoper les chevaux dans le combat de l’ennemi à bon escient ou à mauvais escient. Après l’Islam, ses adeptes ne faisaient galoper les chevaux dans le combat de l’ennemi qu’à bon escient.

 

– ( [al] ‘âdiyât ) est le pluriel de « al‘adi» qui est un nom verbal. Il vient du «‘adw » qui signifie l’accélération de l’allure et le galop.

 

 

 

 

(dabhâ (haletants)) le-dabh c’est le bruit de la respiration des chevaux quand ils galopent à grande vitesse.

 

· (qui font jaillir des étincelles-fa-l-mûriyati qadhâ) Le mot « mûriyât » vient du verbe « wariya » qui signifie « allumer ». Il s’agit des étincelles qui jaillissent quand on frappe les pierres les unes contres les autres, comme on le constate chez nous quand on frappe les pierres du silex les unes contre les autres. En effet, quand les chevaux prennent une allure rapide, le choc que font leurs sabots avec les pierres fait jaillir des étincelles.

 

· (qui attaquent au [petit] matin fa-l-mûghirâti subha-) : ils chargent l’ennemi au petit matin. En effet, le meilleur moment pour assaillir l’ennemi est le petit matin, car c’est le moment où il est inattentif, et même quand il se réveille au moment de l’assaut, il se réveille languissamment. Allah-Puissant et Majestueux- a choisi pour jurer par ces chevaux le meilleur moment de donner l’assaut, c’est-à-dire le petit matin. D’ailleurs, le Prophète ﷺn’attaquait pas les gens qu’il voulait combattre la nuit, mais il attendait l’aube. Si à l’aube, il entendait l’appel du muezzin, il s’abstenait de les combattre ; s’il ne l’entendait pas, il donnait l’assaut. 325

· (dans un soulèvement de poussière) : par ce galop et par cet assaut, les chevaux soulèvent un nuage de poussière.

 

· (et pénètrent au cœur de la mêlée) : ils pénètrent dans un soulèvement de poussière au milieu des troupes ennemies. Ce qui veut dire que ces chevaux n’ont d’autre but que d’être au milieu des ennemis. C’est là le plus grand avantage qu’apportent les chevaux, quoique leurs avantages sont nombreux. Le Prophète ﷺ a, en effet, dit : « Les chevaux, le bien reste noué aux crins de leurs fronts jusqu’au Jour de la résurrection, à savoir la récompense (dans l’au-delà) et le butin ». 326

 

· Allah le Très-Haut a donc juré par ces chevaux au galop qui ont atteint leur but qui est d’attaquer l’ennemi, sans crainte et sans fatigue. Celui pour lequel ce serment a été dit, c’est l’homme ainsi que le montre le verset qui vient juste après : (par tout cela [Je jure que] l’homme est ingrat envers son Seigneur).

 

 

 

325 le sahîh d’al Bukhâri (hadith nº 610) et Muslim (n° 382), d’après Anas Ibn Malikرضي الله عنه

326 Hadith authentique, rapporté par al Bukhâri (n° 2850), Muslim (n°1873), après Umâra al Bâqirî رضي الله عنه

 

 

 

On entend par (l’homme) l’espèce humaine. Quand il ne prend pas la bonne voie et ne s’en remet pas à Allah pour l’aider à cette fin, il devient (kanûd), c’est-à-dire : « dénégateur des bienfaits d’Allah -Puissant et Majestueux-». Dans ce même sens va le verset suivant (L’homme, lui, s’en (dépôt) est chargé… Il était injuste et ignorant). 327

 

Il a été dit aussi que l’homme dans ce verset signifie le non-croyant, et donc il s’agit d’un verset dont la signification littérale est générale mais qui doit être prise dans un sens particulier, or il est pertinent de dire que ce verset reste dans sa portée générale –‘umûm et que l’homme qui ne cherche pas à suivre la bonne voie a tendance à être ingrat envers son Seigneur et à être de ceux qui quand Allah leur prodigue Ses bienfaits ne font que devenir de plus en plus insolents.

 

En effet, parmi les gens il y en a qui agissent de manière outrancière quand ils voient qu’ils sont tellement riches pour se passer d’Allah. Beaucoup de gens ont été malheureusement corrompus par la vie de luxe qu’ils mènent.

Donc l’homme qui (est ingrat envers son Seigneur) est un homme qui dénie les bienfaits d’Allah, refuse de Lui témoigner sa gratitude pour Ses bienfaits et n’accomplit pas les actes d’obéissance qu’Il lui a ordonnés.

 

· (De cela, il est certes témoin wa innahû ‘alâ dhâlika la shahîd) certains savants ont dit que le pronom personnel « hu (il) », renvoie à Allah, c’est-à-dire qu’Allah le Très-Haut témoigne contre Son serviteur qu’Il est ingrat envers Ses bienfaits. D’autres commentateurs ont dit que ce pronom renvoie à l’homme lui même, ce qui signifie que l’homme témoigne contre lui-même qu’il déniait les bienfaits d’Allah-Puissant et Majestueux-.

 

Il est pertinent de dire que le verset englobe les deux significations. En effet, Allah est témoin de ce qu’il y a dans le cœur de l’homme et est témoin de ce qu’il fait et l’homme aussi est témoin à l’égard de lui-même. Dans ce monde, le pécheur peut reconnaître ses fautes et il peut ne pas les reconnaître, mais dans l’au-delà il portera certes témoignage contre lui-même, comme a dit le Très-Haut : (au Jour

où contre eux leur propre langue, leurs mains, leurs pieds, porteront témoignage de ce qu’ils auront fait).328

 

328 Coran, XXXIII, 72.

329 Coran, XXIV. 24.

(et pour l’amour des richesses il est certes ardent-wa innahû li hubbi-l-khayri la shadîd) : Le pronom personnel «hu (il) – renvoie à l’homme.

 

(khayr) signifie ici les biens de ce monde, comme dans le verset suivant : (Il vous est prescrit, lorsque la mort se présente à l’un de vous et qu’il laisse un bien-khayr-, de faire un )329 où le terme « khayr » a le sens de « fortune ». Il est vrai que l’homme aime les biens de ce monde, ainsi que l’a dit le Très-Haut : (et vous aimez la richesse d’un amour sans bornes)330 .

 

Seulement les gens diffèrent dans leur amour de la richesse. Certains ne veulent des biens de ce monde que ce qui suffit à subvenir à leurs besoins nécessaires et leur permet de se passer des gens. Certains veulent légèrement plus que le nécessaire. D’autres veulent largement plus.

 

· Puis Allah a rappelé à l’homme une situation inévitable en disant : (ne sait-il donc pas que lorsque ce qui est dans les tombes sera bouleversé) et ce afin de se préparer à cette situation, en accomplissant les bonnes œuvres et ne pas avoir pour seul souci l’accumulation de l’argent.

 

(lorsque ce qui est dans les tombes sera bouleversé) = « lorsque ce qui est à l’intérieur des tombes apparaîtra à la surface et que les hommes sortiront de leurs tombes et se répandront comme des sauterelles 331. Quand l’ange (Isrâfil) soufflera dans la trompe, ils sortiront tous de leurs tombes : (Il n’y aura qu’un cri, un seul, et aussitôt tous comparaîtront devant Nous)332 ».

 

· (et que (ce) sera dévoilé ce qui est dans les poitrines), ce qui est dans les cœurs comme intentions et comme actes du cœur, à savoir la confiance, le désir, la crainte, la peur, l’espoir, etc. Allah tiendra compte ce Jour-là de ce qu’il y a dans les poitrines, ainsi qu’Il l’a dit -exalté est-Il- : (Allah est certes capable de le ressusciter, au jour où les secrets seront mis à l’épreuve et où l’homme n’aura ni force ni secourant)333, Dans ce bas-monde, l’homme est jugé en fonction de son comportement extérieur, même l’hypocrite est traité

 

329Coran, II, 180,

330Coran, LXXXIX. 20.

331Voir Coran, LIV, 7.

332Coran, XXXVI, 53.

333Coran, LXXXVI, 8-10.

 

comme on traite le musulman, mais dans l’au-delà, l’homme est jugé en fonction de ce qu’il y a dans son cœur, ce qui exige de nous de pendre soin de nos cœurs avant nos actes, parce que tout tourne autour du cœur.

 

Quand on médite sur ces deux versets, on constate qu’il y a une correspondance entre eux. En effet, le bouleversement de ce qu’il y a dans les tombes fera sortir les corps et le dévoilement de ce qu’il y a dans les poitrines fera sortir ce qui est caché dans les cœurs.

 

(leur Seigneur en ce Jour aura parfaitement connaissance d’eux-inna rabbahum bi him yawma’idhin la khabîr-) : c’est-à-dire qu’Allah-Puissant et Majestueux- est parfaitement connaisseur de Ses créatures. Allah a dit : (bi him (d’eux)) et n’a pas dit : « bi hi (de lui)» alors que « l’homme » dans le verset 6 est au singulier. Cela s’explique par le fait qu’Il a renvoyé le pronom qui est au pluriel « eux » à l’homme eu égard au sens, car « l’homme » dans ce verset signifie « tout homme ».

 

Allah a lié Sa connaissance à ce Jour ((leur Seigneur en ce Jour aura parfaitement connaissance d’eux)), parce que c’est le Jour du jugement, sinon Il connaît tout, que ce soit ce Jour-là ou avant ce Jour là. Il est -vénéré et élevé est-Il- Connaissant de ce qui était et de ce qui sera.

 

Ainsi, se termine le bref commentaire de cette sourate sublime. Celui qui cherche plus de détails, qu’il consulte les ouvrages d’exégèse du Coran qui s’étendent sur ce sujet. Quant à nous, nous donnons seulement des indications brèves sur les sens. Nous implorons l’assistance providentielle d’Allah le Très-Haut, et nous lui demandons de faire de nous des serviteurs qui récitent Son Livre comme il convient de le réciter et qui le suivent comme il faut le suivre, car il est Omnipotent.